David Fizdale, ou l’itinéraire d’un enfant pas gaté

? Maintenant, on ne peut effectivement plus donner des ordres aux joueurs et attendre qu’ils les exécutent. Il faut désormais tout leur expliquer et leur donner les raisons pourquoi on fait les choses comme on les fait. En leur donnant le pourquoi du comment, on les éduque et on se rapproche d’eux. On leur donne les clés pour comprendre ce qu’on veut faire et ?a permet de créer une relation de confiance. Et en fin de compte, ils joueront plus dur pour toi. ?
Originaire de Los Angeles, David Fizdale est un californien pur sucre. Il était là pendant les émeutes de Los Angeles en 1992. Il en a gardé des souvenirs particulièrement vivaces. ?mes sensibles s’abstenir…

? Entre 1983 et 1985, le crack a envahi mon quartier. Et pas qu’un peu ! La violence a suivi rapidement derrière. On voyait beaucoup de brutalité. Je me souviens qu’un jour, je sortais les poubelles et j’ai vu le père d’un de mes meilleurs amis mort derrière les poubelles après une overdose. J’avais huit ans. Ce genre de choses, ?a vous choque brutalement. Certains gars avec qui on jouait au basket, on les a porté dans nos bras parce qu’ils venaient de se faire tirer dessus. J’ai nettoyé des morceaux de cervelle dans ma rue, avec ma mère… Ce genre de choses vous marque à vie. Certains jours, je pensais que je ne m’en sortirai jamais. Un autre jour, j’ai attrapé mon copain Tony qui venait chez moi en vélo pendant qu’il y avait une fusillade dans notre quartier. Je l’ai chopé lui et son vélo, on s’est caché derrière une voiture, on s’est protégé du mieux possible pendant que des balles atteignaient la voiture derrière laquelle on se cachait. ?
Evidemment marqué au fer rouge par ces événements tragiques – son grand-père sera plus tard assassiné par trois gamins avec un flingue – David Fizdale n’était que plus motivé pour se sortir de là. Il a suivi un master en communication, avec une mineure en sociologie, à l’Université de San Diego. Assistant dans son alma mater pour débuter, il a ensuite gravi les échelons jusqu’à la NBA, en commen?ant par les Warriors en 2003.

Le Heat : ? La meilleure chose qui me soit arrivée ?

Après quatre saisons dans le coaching staff des Hawks, il a ensuite trouvé sa maison à Miami. De son ascension au sein de la franchise du Heat, David Fizdale garde de très bons souvenirs.

? On a appris à manger beaucoup de chicken wings et boire beaucoup de Coca… Plus sérieusement, on a appris à travailler comme il faut. On venait tous les jours, à l’époque, il n’y avait pas la technologie actuelle, on procédait au jour le jour. Je me souviens que Stan Van Gundy voulait qu’on fasse la vidéo d’une certaine manière, et je lui demandais pourquoi. C’est comme ?a que j’ai appris. Je regardais aussi tous les rosters de la ligue, les stratégies défensives de chaque équipe. ?
Avec Erik Spoelstra, David Fizdale n’était pas un joueur suffisamment c?té pour parvenir à un poste d’assistant à ses débuts. Mais ce n’était pas un problème pour lui… ni pour Spoelstra d’ailleurs.

? On en parlait tous les jours. C’était notre rêve à tous les deux. On se disait qu’on allait un jour chacun avoir une équipe NBA à gérer. Mais on savait aussi que ?a allait prendre très longtemps. Lui comme moi, on était pas pressé cela dit. On voulait apprendre les ficelles du métier. On pensait que ?a arriverait à l’age où ?a m’est arrivé. Spo ne s’y attendait pas si t?t mais il était prêt. ?
Et puis, deux ans seulement après son arrivée à South Beach, voilà que LeBron James et Chris Bosh décident de joindre force avec Dwyane Wade.

? J’ai eu de la chance à ce niveau-là car j’avais déjà deux ans d’expérience quand le Big Three est arrivé. J’avais déjà construit de très bonnes relations avec Dwyane Wade et Udonis Haslem. Et ?a m’a énormément aidé quand est arrivé LeBron. Mais Dwyane l’avait prévenu que j’allais le coacher avec rigueur. Je m’en fichais de ce qu’il avait fait avant. Mais ce qui faisait qu’on n’avait peur de personne, c’est qu’on savait pourquoi LeBron était venu chez nous. Il était venu pour apprendre à gagner. On a compris ?a et on n’allait pas dire amen à toutes ces requêtes. ?
Assistant dédié à l’intégration en douceur de LeBron James, David Fizdale n’a donc pas fait de traitement de faveur. Et c’est précisément comme ?a qu’il a conquis la confiance de ses joueurs stars mais aussi de son staff et ses dirigeants.

? Les gens pensent que c’était compliqué à mettre en place mais en fait, tout s’est très bien passé. C’était le meilleur camp d’entra?nement que j’ai connu dans ma carrière. On a commencé la saison doucement mais c’est parce qu’on cherchait encore qui allait prendre les tirs, comment on bougeait le ballon, ce genre de choses. Quand on était à 9 victoires pour 8 défaites, tout le monde pensait que Pat [Riley] allait prendre les rênes. Mais il est venu nous voir. Il a souri et nous a dit : je ne vais pas coacher cette foutue équipe ! Je vois ce que vous faites tous les jours et c’est exactement ce qu’il faut faire. Avec Spo, on pensait qu’il venait nous foutre dehors mais c’était énorme de savoir qu’il nous soutenait comme ?a. Après ?a, on a fini avec 22 victoires sur 23 matchs ! ?
Arrivé au sommet de la NBA après avoir commencé tout en bas, David Fizdale sait exactement ce qu’il faut accomplir pour décrocher le titre.

Alors que Mike Conley est revenu en un temps record après sa blessure au dos, et que Chandler Parsons a enfin quitté l’infirmerie, les Grizzlies en sont à 20 victoires pour 12 défaites, solidement installés dans le Top 5 de la conférence Ouest.

Assistant historique de Miami, où il a commencé comme Erik Spoelstra tout en bas de l’échelle en tant que coordinateur vidéo, David Fizdale savoure son opportunité d’être aux commandes d’une franchise NBA. Chez les Grizzlies, il a trouvé une ? culture ? qui lui a énormément plu.

Los Angeles et ses quartiers gangrénés
? Je suis encore énervé par certaines défaites ?, entame Fiz dans le podcast d’Adrian Wojnarowski sur The Vertical. ? Notamment face à Toronto où on a laché l’affaire en fin de match. Et puis, à Cleveland aussi. J’ai toujours le sentiment qu’on doit gagner chaque match. C’est quelque chose que j’ai gardé de Miami, Pat [Riley] nous a formé comme ?a. Mais après tout, aurai-je pensé être à 18 victoires pour [11] défaites sans avoir Mike [Conley], Chandler [Parsons], Brandan Wright, Vince Carter ou James Ennis ? Non. Si je suis réaliste, non. Mais, à l’inverse, aurai-je pensé qu’on se laisse mourir ? Non. On doit se battre chaque match, peu importe qui est sur le terrain. ?
Pour sa première expérience en tant que head coach, David Fizdale s’appuie donc logiquement sur toute l’expérience acquise à Miami, avec deux titres NBA notamment. Mais il est le premier à reconna?tre que passer d’assistant à coach principal n’est pas chose aisée.

? Oui, c’est quelque chose qu’il faut vivre pour s’en rendre pleinement compte. Quand je travaillais avec [Erik] Spoelstra, j’étais M. Suggestion. Je balan?ais des suggestions ici et là. Tout le temps. Parce que c’est assez facile. Et puis, parce que c’était mon boulot en tant qu’assistant, de proposer le plus d’idées possibles. Maintenant, je suis celui qui doit prendre les décisions et il faut vraiment faire attention à de nombreux facteurs. Chaque décision aura des conséquences. J’ai beaucoup appris avec Spo pour justement bien considérer tous les éléments à ma disposition avant de prendre ma décision. ?
Et un des facteurs essentiels à prendre en ligne de compte dans la NBA d’aujourd’hui, c’est qu’il faut être proche de ses joueurs. Aucun entra?neur NBA ne pourra chercher des résultats élevés sans avoir ce relationnel. Comme le dit Woj, le temps des coachs dictateurs est bien révolu…

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